Avant le BCM, Le BAC

La fabuleuse aventure du BAC Mirande retrouvée grâce au site
du journal Sud Ouest. Un bel hommage est ainsi rendu à Alain JARDEL, celui
qui aura fait écrire pour longtemps les plus belles pages de l'équipe de
France féminine.
Toujours en exercice, Alain Jardel travaille comme chargé de mission auprès de la FFBB.
ALAIN JARDEL :
En 1988, les filles du BAC Mirande décrochaient le premier d'une série
de trois titres de championnes de France à la Poudrière. Vingt ans plus
tard, leur coach emblématique se souvient :
« L'histoire d'une vie »
Les partenaires de Martine Campi et Yannick Souvré ont décroché le premier titre il y a tout juste vingt ans à la Poudrière.
Un « bébé » né en 1975
« J'étais professeur d'éducation physique à Lille et j'ai été nommé à Mirande en 1973. J'avais 27 ans, il n'y avait pas d'équipe de basket, alors je suis allé jouer à Séméac. Ma mission à la direction départementale des sports était de faire une passerelle entre le sport scolaire et civil. J'ai ainsi été amené à enseigner le basket et je me suis rendu compte qu'il y avait une demande extraordinaire, en particulier des jeunes filles qui n'avaient rien à faire, à part du judo. Avec Jacques Barbé, un joueur du FCAG, on a donc eu l'idée de créer un club qui a vu le jour le 7 janvier 1975 dans la liesse générale. Il a même fallu ouvrir la salle du conseil municipal pour prendre une bonne centaine d'inscriptions tout de suite ! »
Une ascension fulgurante
« On a créé le club de toutes pièces pour s'aligner dans toutes les catégories dès septembre 1975 et je suis revenu jouer à Mirande. L'aventure a démarré pour le Basket Astarac Mirande. On a bâti la Poudrière en 1976 parce qu'il n'y avait pas de gymnase scolaire dans la seule sous-préfecture de France à ne pas avoir d'équipe de football. On a fait le choix de s'orienter vers les féminines. Et l'équipe a tout de suite bien marché avec des jeunes filles du village, puis elle s'est départementalisée. On montait tous les ans d'une division. On a accédé à la Nationale 3 en 1980 et on est monté de suite en N2. Après trois saisons, on a accédé à la 1re Division - le plus haut niveau - en 1984, neuf ans après la création du club. »
La montée en puissance
« Le développement du club s'est fait de manière exponentielle, notamment grâce à l'adhésion du public. Nous avons posé le parquet en 1985, puis il a fallu penser à l'agrandissement de la salle. Il n'y avait pas de professionnels au club, on partageait tout. Dès 1985, le recrutement a franchi un cap avec la première joueuse étrangère. Dans la foulée, on perd notre première finale de Coupe de France contre Nice à Nancy. Mais les Niçois ont connu des soucis financiers et cela nous a permis de jouer la Coupe Ronchetti. On a disputé notre premier match européen contre les Grecques du Panathinaïkos avant de se faire éliminer par Lubiana. Lors de la saison 1986-87, on finit déjà 4e du championnat de France et puis on décroche le titre suprême la saison suivante en 1988. »

L'équipe du BAC en 1987
La consécration en 1988
« C'était de la folie à la Poudrière après notre victoire lors de la finale aller à Versailles, le tenant du titre. La salle s'est embrasée ce 9 avril. Il y avait 1 500 personnes entassées sur les étagères et autant devant un écran géant installé dans la salle André-Beaudran. J'ai le souvenir d'un match très dur, gagné de 5 ou 6 points. Mais l'image qui me reste vraiment, c'est la photo du tour d'honneur où je suis sur les épaules de Laëtitia Moussard. C'était très symbolique du BAC Mirande de voir cette gamine du centre de formation devenir championne de France à 17 ans après avoir remplacé au poste de pivot en janvier la seule étrangère de l'équipe. »
Trois saisons au sommet
« Les deux titres suivants me laissent autant de souvenirs. Mais la plus belle équipe est celle du second titre en 1989. Le groupe était magnifique. On ne perd que deux matches de championnat. C'était une période formidable parce qu'on pratiquait un basket de rêve avec des joueuses françaises - beaucoup formées à Mirande - qui étaient renforcées par de vraies stars mondiales comme Olga Soukharnova, une Russe plusieurs fois championne olympique. à cette époque, les gens venaient de toute la France pour nous voir. Nos matches de Coupe d'Europe étaient télévisés et on a même rempli le Palais des Sports de Toulouse. »

L'équipe du BAC en 1989
La dissolution en 1997
« De 1984 à 1991, on a tout vécu de manière accélérée. On était parmi les six meilleures équipes d'Europe aux côtés de Moscou, Prague ou Madrid. En 1991, on perd le titre après prolongation en finale contre Challes-les-Eaux qui a pris le relais les trois saisons suivantes. Et puis la dissolution du BAC a été prononcée le 24 octobre 1997. Le club est mort pour des peccadilles. La gestion était difficile forcément parce qu'on était aspiré par le professionnalisme. Nos concurrents des grandes métropoles nous ont pillés, car on était le premier centre de formation de France. On travaillait de manière très professionnelle sans en avoir les moyens. »
L'impossible conte de fée
« C'était il y a vingt ans, mais c'est le siècle dernier. Ce n'est plus possible de revivre une telle histoire, même avec toute la bonne volonté du monde. Après vingt-deux ans à la tête de cette équipe, j'ai été nommé entraîneur de l'équipe de France avec qui j'ai vécu des choses formidables pendant dix ans. Mais c'est incomparable avec l'aventure humaine du BAC Mirande. C'est mon enfant qui est né le 7 janvier 1975 et mort le 24 octobre 1997. Les filles qui y sont passées sont marquées à vie par ce qu'elles ont vécu. Il y a quelque chose de très profond qui nous unit. J'ai 62 ans et je suis notamment chargé de la formation des cadres par la FFBB. Le terrain me manque. Mais j'ai été un enfant gâté et je ne suis pas prêt à repartir pour n'importe quoi. »
Retrouvez cet article et bien d'autres sur le site du Syndicat des Coachs de Basket
Jardel et le panier contre son camp

- En 1989, Salle de la poudrière un mois d'avril demi finale retour du championnat de
France N1 féminin l'équivalent de la LFB, Mirande reçoit Aix en Provence.
Contexte :
Match aller +5 pour Aix
Il reste une poignée de secondes à jouer, remise en jeu de Mirande en zone arrière.
+ 2 pour Mirande
Temps mort de Monsieur Alain JARDEL : "Les filles écoutez, Anna (Kotocova)) tu donnes le ballon à Nathalie (Fortun-Sans) et toi Nathalie, tu marques contre ton camp".
Là les filles n'y comprennent rien mais s'exécute, personne n'ose contredire el maestro.
Anna Kotocova fait passe à Nathalie Fortun qui marque mais Paoline Ekambi sent le truc et essaye de contrer Nathalie qui tire en course sur son panier, personne n'y comprends rien, moi aussi d'ailleurs, les spectateurs hurlent leur désespoir de voir une Mirandaise scorer dans son propre panier.
Les arbitres ne savent quoi faire, les OTM n'ont plus d'ailleurs.
Règlement de l'époque :
Panier accordé à la capitaine adverse.
Nathalie Fortun a égalisé en marquant contre son camp.
Score de parité et prolongation.
En prolongation Mirande gagnera de + 6pts ce qui leurs permettront d'aller en finale contre le stade français et de remporter le titre.
Incroyable !!!!
Suite à cette affaire le code de jeu changea :
Tout joueur scorant délibérément ds son propre panier se verra infligé une Faute Technique. Il n'y aura plus de prolongation en cas de score nul dans une série de match aller retour. Aujourd'hui un panier marqué volontairement ds son propre panier est annulée. Voilà pour l'histoire, Monsieur JARDEL a fait modifier le règlement ( 2 règles) en une soirée.
La fin du BAC

- Article paru dans l'édition du 8 novembre 1997 du journal l'Humanité :
Pour avoir cru à un sponsor fantôme, le BAC Mirande n'existe plus
Plusieurs fois champion de France, le club gersois a mis la clé
sous la porte au mois d'octobre. Un budget avait été bâti sur
la simple promesse d'un mystérieux sponsor. Après Challes et
Clermont, un autre fleuron du basket au féminin disparaît.
Explications
A la fin des années quatre-vingt, le basket féminin français avait trouvé son paradis. Mirande, 3.500 habitants en plein Gers, une salle bien nommée, la Poudrière, des titres de champion de France à la file (1988, 89, 90). « On en a vu passer des grands noms, Moscou, Prague et j’en oublie », se rappelle Pierre Dutaut. Cet agent d’assurances de trente-neuf ans fut trésorier du BAC Mirande (1) dans la dernière période, la plus difficile. Aujourd’hui, il préside le basket club du Mirandais, nouvelle structure bâtie sur les dépouilles du BAC qui « redémarre de zéro avec un budget annuel de 20.000 francs ! ». Entre-temps, ce fleuron du basket féminin français a disparu corps et biens, placé en liquidation judiciaire après quelques journées de championnat. Depuis, chacun là-bas se renvoie la balle en pleurant les joies du passé.
Des espoirs de renouveau
Cela faisait plusieurs années que le BAC Mirande jonglait avec une trésorerie délicate et vivotait dans l’espoir d’éviter les expériences de Challes et Clermont-Ferrand, qui avaient déjà dû jeter l’éponge. Bon an mal an, le club gersois avait réussi à boucler le dernier championnat à la cinquième place, manquant de peu un ticket européen, avec un budget de 1,8 million de francs seulement et un solde positif de 10.000 francs. Du coup, Georges Peres, son tout récent président, un retraité venu du secteur agronome, se laissait bercer par des espoirs de renouveau. « Quand je suis arrivé il y a quinze mois, le club avait un passif de 750.000 francs », précise-t-il. Le voilà donc tout émoustillé lorsqu’à l’intersaison un dénommé Jacques Pauly, bien mis de sa personne, la parole alerte et convaincante, se déclare l’intermédiaire d’un « important sponsor » susceptible d’injecter 2,5 millions de francs par an pendant cinq ans. La société en question, française mais à capitaux américains, aurait comme objet social l’aménagement du Kirghizistan...
Georges Peres y croit dur comme fer. Chacun se voit à nouveau occuper le haut du panier. Le BAC Mirande recrute quatre joueuses de renom. La seule masse salariale du club est portée à 1,8 million de francs. Seulement, l’argent n’arrive pas. « Au mois d’août, le sponsor nous envoyait des fax tous les jours mais jamais d’argent », dit Pierre Dutaut. Les filles commencent à s’inquiéter. « Au mois d’août, les joueuses ont été payées avec un chèque en bois », explique Isabelle Huchon, vingt-huit ans, capitaine de l’équipe. « Sauf moi, ajoute-t-elle. Peut-être parce que la somme me concernant était moins importante puisque j’exerçais à mi-temps un travail pour le conseil général du Gers. » L’équipe joue pourtant. A Aix-en-Provence d’abord où elle perd de quatre points. Puis l’inquiétude pousse les joueuses à « mettre la pression » de manière symbolique. Elles snobent ainsi deux entraînements mais vont jouer à Tarbes où elles ramènent une large victoire. « On a fait notre boulot, raconte Isabelle Huchon, puisque depuis 1992 on n’avait plus gagné là-bas. C’est à ce moment, dans les vestiaires, que le président nous a dit que l’on pouvait poser nos chèques, qu’il y avait cette fois de l’argent. Mais ce n’était encore que des bobards. »
La trace d’un complot
Les joueuses exigent alors des garanties. En octobre, on leur paye 65% du salaire d’août, sans autre perspective. Elles se mettent en grève. Les dirigeants critiquent l’attitude des filles, fustigent leur « égoïsme ». D’autres croient même déceler la trace d’un complot puisque le compagnon d’Isabelle Huchon, François Torres, est également l’agent de quelques-unes des joueuses.
« On nous a demandé de renégocier nos salaires à la baisse, raconte Isabelle Huchon. Personne n’était contre ce principe dans la mesure où personne ne pouvait avoir intérêt à la disparition du club. Mais cela s’est fait à la manière d’un chantage : - 37% sur les salaires si on garde toutes les filles, - 20% si on fait partir l’Américaine et pas de baisse de salaire du tout si on fait partir toutes les joueuses étrangères. » L’affaire capote rapidement. Par 24 contre 6, une assemblée extraordinaire décide bientôt la mise en liquidation.
« J’en suis malade, dit l’ancien président Georges Peres. On parle des professionnelles mais c’est surtout un drame pour les douze filles du centre de formation qui étaient scolarisées dans la région. » Georges Peres en veut à beaucoup de monde. Il déplore le non-versement des subventions des collectivités locales, affirme qu’il a perdu dans l’histoire 25.000 francs « mis de (sa) poche à l’intérieur du club ». Mais curieusement, il croit toujours en la venue du sponsor thaumaturge, comme dans l’attente d’une impossible réhabilitation. Plus réaliste, Pierre Dutaut, arbitre de basket à ses heures qui a repris les rênes en relançant le club au niveau départemental, avoue s’être rapidement douté que l’intermédiaire du pseudo-sponsor n’était « qu’un beau parleur ». Mais il était déjà trop tard.
Aujourd’hui, dans une ambiance digne de Clochemerle et un abattement généralisé, on se lamente sur la misère du basket féminin, « abandonné par les médias, et notamment la télévision ». « Dans ces conditions, comment voulez-vous convaincre les sponsors de venir mettre de l’argent chez vous ?, regrette Pierre Dutaut. Regardez Bourges la saison dernière : champion d’Europe et ça a fait trois minutes à la télé alors qu’avec un titre européen de l’OM en football on fait une journée spéciale ! »
(1) BAC : Basket « Astarac » club, du nom de l’ancien comté dont Mirande était autrefois le fief.
LAURENT CHASTEAUX - © Journal l'Humanité
Journal l'Humanité








